Martine...

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Pour l'amour du risque

Comment expliquer que des politiques de premier plan viennent à remettre sur la table des sujets polémiques comme l’exploitation du gaz de schiste, alors que l’affaire semblait être entendue, comme le dernier sondage en date de l’institut BVA ( 62% contre) le confirme.

 

Le journal Le Monde dans un article paru la semaine dernière nous donne une lecture sociologique du basculement en cours...

Au-delà d’une recherche d’effets médiatiques, c’est bien la remise en cause frontale du principe de précaution qui est en action.  « Le principe de précaution serait une entrave à l’entreprise, à la création de richesses, il relèverait d’une heuristique de la peur, d’un obscurantisme antiscience, etc… »

 

« …Alors que le libéralisme économique a triomphé et que la gauche au pouvoir assume une politique de l’offre, l’adhésion au principe de précaution tend, de plus en plus, à devenir un élément important du clivage gauche-droite. L’exaltation du risque comme partie intégrante de la créativité et de l’inventivité, comme source d’enrichissement et de progrès, s’affirme de plus en plus comme une valeur de la droite – au détriment d’une frange de la droite chrétienne volontiers rétive à l’hubris technique et à ses périls…»

 

Ainsi donc on assisterait à un basculement avec, l’aversion pour l’audace technique, pour l’accélération du temps et ses risques, qui deviendraient, peu à peu, une valeur forte de la gauche et plus seulement de sa frange écologiste.

 

« …C’est un basculement important. Car le progrès technique et industriel comme moyen d’émancipation de l’homme a longtemps été, en dépit de ses risques, une des valeurs fondamentales de la gauche…Un tel redécoupage – en cours – n’est pas si étonnant. Il était anticipé dès le milieu des années 1980 par Ulrich Beck. Dans la Société du risque, écrit en 1986 (Aubier, 2001) – ouvrage d’une puissance prédictive remarquable –, le sociologue allemand prévoyait que le maintien de l’innovation technique comme moteur de l’économie conduirait, dans le futur, à l’émergence d’une société nouvelle traversée par de nouveaux débats, de nouvelles fractures.

 

L’idée d’Ulrich Beck était que l’inflation éperdue de la technique conduirait à un accroissement toujours plus rapide des risques associés. A la question définissant le clivage hérité de la société industrielle (« Que faire des richesses produites ? ») s’ajouterait alors, dans la « société du risque », une autre ligne de partage, autour d’une autre question (« Que faire des risques produits ? »).

 

La crispation actuelle autour du principe de précaution suggère que nous sommes à l’orée de cette nouvelle société. Le débat droite-gauche ne peut plus être résumé par des divergences de vues sociétales ou économiques : « politique de l’offre contre politique de la demande ».

 

Il faut désormais leur adjoindre une divergence de vues sur la technique : « amour du risque contre éloge de la prudence »…»

 

Qu’est ce donc que ce principe tant décrié inscrit dans la constitution depuis 2005 ? Trop souvent invoquer il est cependant  rarement énoncer. Le voici dans son intégralité : « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veilleront, par application du principe de précaution et dans leur domaine d’attribution, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. »

 

Oui, c’est tout ! Rien qui ne puisse être vu comme un frein puissant à l’innovation et au progrès techniques et scientifiques mais plutôt comme des réponses …provisoires et proportionnées !

 

On peut raisonnablement se demander si l’application de ce principe de précaution à eu un coût économique significatif.

 

Le think-tank la «  Fabrique de l’industrie » s’est penché sur ce fameux principe et en a tiré quelques constats. Le premier est d’abord qu’ « aucune loi à ce jour n’a été déclarée inconstitutionnelle sur la base du principe de précaution »  et que  son invocation par la jurisprudence reste prudente et limitée « . Mieux encore «  ce n’est pas le principe de précaution au sens juridique du terme » qui est en cause, mais « l’inquiétude exprimée par des citoyens ou des consommateurs devant certaines technologies » qui « poussent les politiques ou l’administration à produire des règles qui sont pour les industriels une source de contrainte et de coûts ». Ce que le Think-thank résume comme « une perte de confiance dans les institutions chargées de [la] protection  […]des citoyens et des consommateurs. »

 

Dans le rapport « Signaux précoces et leçons tardives », l’Agence européenne de l’environnement (EEA) a rassemblé quatre-vingt-huit cas d’école historiques, ayant été considérés par certains commentateurs comme des situations dans lesquelles l’alarme donnée était trompeuse ou exagérée. Il apparait que seulement 4 cas ont conduit, avec le recul du temps à des mesures coûteuses et l’EEA de conclure qu’ignorer les risques a eu un coût économique et humain très largement supérieur à l’excès de précaution.

 

Sans forcement suivre Le Monde dans sa conclusion on peut cependant rassurer Martine:  le risque est toujours à double face , un coté "menace" mais aussi  une coté "opportunité"…